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Ecrire parmi les oeuvres du Prix Européen des Arts Appliqués,

Fiction de Laurence Verdier, auteure et plasticienne, inspirée par les grenades exposées au BeCraft


Elle a déboulé de l'angle de la rue avec un bouquet de fleurs démesuré qui tenait à peine entre ses bras et s'est dirigé vers moi comme si on avait rendez-vous. Elle s'est agacée direct, On peut pas faire des explosions avec des fleurs ! Tu peux arracher les pétales mais rien n'explose alors comment on fait l'amour si rien n'explose ? Hein comment ? Il faut bien que quelque chose prenne feu, alors peut-etre qu'en visant le pistil ça peut donner un début de flammèche ? T'en penses quoi ? Je comprenais rien à ce qu'elle me racontait, je me suis raidi et j'ai tenu ma mitraillette un peu plus serré contre moi. Elle a continué à débiter ses conneries sur l'amour en s'empourprant puis, elle a posé son bazar de fleurs en vrac à mes pieds. Wahou, regarde comme ma robe rouge ça va trop bien avec ton treillis de militaire, regarde, non mais regarde comme c'est beau ! La soie rouge est venue recouvrir mon camouflage. J'ai voulu reculer mais je me suis avancé vers ses lèvres. Elle a ri aux éclats en penchant sa tete en arrière et dans le décolleté de sa robe, j'ai vu un faucon tatoué entre ses seins. Le rapace me sommait de rester à distance. Cette fille ne collait à aucun protocole de sécurité, je ne savais pas comment m'en dépatouiller, j'avais trop peur de lui demander ses papiers et que son faucon vienne me crever un oeil. Elle s'est redressé comme si elle allait me dire quelque chose de grave et elle a fait exploser ces mots entre ses lèvres grenades : Mon nom est Rose, Rose est mon nom. Puis, elle a disparu me laissant abasourdi, les rangers dans les fleurs. Elle venait de pirater tout mon système de verrouillage avec ses fleurs à la con. J'ai continué à serrer ma mitraillette contre mon coeur pour tenter d'endiguer l'assaut mais ma bouche était déjà pleine de roses.

Cecile Bertrand